Le savon est-il efficace contre les bactéries ?

Attention, cet article date de 6 ans, les informations peuvent ne plus être à jour...

Voilà une question simple qui, pourtant, est assez révélateur sur ce qu’on sait, ce que l’on croit savoir et ce qu’on entend.

 

Avant tout, qu’est-ce qu’un savon ?

Un savon est ce que l’on appelle un détergent, c’est une molécule qui va permettre de nettoyer. On le classe aussi dans les émulsionnants (ou tensioactifs), c’est-à-dire qui crée/stabilise les émulsions (mélange stable de l’huile dans de l’eau le plus souvent, comme la vinaigrette !)

 

Qu’est-ce qu’un antiseptique ?

Un antibactérien est une classe de molécule capable de détruire les bactéries et seulement les bactéries (ce qui comprend les antibiotiques qui, vous le savez, n’agissent que sur les bactéries).
Cependant les bactéries sont très douées pour s’adapter et contrer certaines voies d’action des antibactériens.

Pour y voir plus clair : http://www.baccide.fr/glossaire.html
Par curiosité : Expérience de Lenski.

 

Le savon, une histoire de gras

Le savon est créé à partir de matière grasse (le plus souvent de l’huile, ce qui inclut aussi le pétrole) mais aussi de matière grasse animale.

Par définition, un corps gras est lipophile (qui aime le gras) et donc hydrophobe (qui n’aime pas l’eau).
C’est que l’on voit clairement lorsqu’on mélange de l’huile avec de l’eau, il n’y a pas de mélange ;) ceci étant due à la composition chimique de l’huile et de ses interactions avec les molécules d’eau. Dans ce cas là, aucune interaction ne peut se faire, les 2 liquides restent bien séparés.

Les corps gras se retrouvent quasi-exclusivement sous forme d’ester d’acide gras.
Cet ester, par un processus appelé SAPONIFICATION (réaction entre un ester et une base forte chimique, telle que la soude) va créé un ION CARBOXYLATE (en gros, une molécule chargée, amphiphile, qui aime l’eau et les graisses) et c’est cet ion que l’on appelle SAVON.

L’intérêt du savon réside dans le fait que celui-ci est capable de former des émulsions avec de l’eau et de l’air. Ce sont les bulles.
En présence de matière grasse, les bulles sont détruites et forment des micelles, des petites structures emprisonnant les salissures grasses.
Aidé par l’action mécanique (le « frottage »), le savon va pouvoir encerclé les salissures qui seront ensuite balayées par l’eau et finiront à l’égout.

 

« Trop d’hygiène, tue l’hygiène »

Cependant en vous lavant (les mains par exemple), le but recherché n’est pas l’élimination des bactéries mais bien de salissures visibles.

Eh oui ! La peau est une véritable barrière protectrice contre les agressions mécaniques, chimiques, thermiques, microbiennes et solaires.
Cependant ce super-bouclier a aussi un équilibre qui lui est propre. Son pH est acide (entre 4 et 7) et sa grande résistance chimique est due en grande partie grâce à la kératine (une protéine constituant les ongles et les cheveux) et qui est sensible… au détergent et au pH basique, les savons.
Trop de lavage fragilise la peau et donc diminue son action de protection et sa structure.

Au-dessus de la peau, une couche d’huile protectrice est présente (sécrétée par nos cellules comme le sébum et met plusieurs heures à se reformer) dans laquelle des bactéries sont installées par l’intermédiaire d’un biofilm. Le biofilm est un milieu sécrété par les bactéries pour adhérer aux surfaces, mais aussi leur servant à échanger, communiquer, synthétiser et se développer.
Se laver élimine donc cette couche de « gras » qui entraîne les bactéries.

Efficace me direz-vous. Mais ce n’est pas forcément bénéfique…
En empêchant la formation de cette couche de gras on expose notre peau directement à l’extérieur.
De plus, la quasi-totalité des bactéries que nous connaissons ne sont pas pathogènes, bien au contraire ! Elles nous aident à lutter contre les bactéries qui nous sont néfastes et d’autres organismes comme les champignons et même, à vivre pour les bactéries symbiotiques !
De plus, détruire toutes les bactéries de manière chimique revient à laisser notre système immunitaire en veille, incapable de créer des anticorps et moins productifs en cas d’infection.

Cependant, une hygiène correcte est indispensable pour éviter la transmission de bactéries pathogènes par contact direct ou indirect !

Il y a néanmoins certains documents qui affirment que le savon détruirait les bactéries en « lessivant » les membranes cellulaires. Peut-être. Il faudrait vérifier en comparant l’effet du savon sur les Gram positives et négatives (structure membranaire différente) et vérifier s’il y a un impact. On peut aussi penser que le savon n’endommage pas assez les membranes pour les détruire et fait passer les bactéries en état de dormance (état Viable Non Cultivable ?).

 

Le saviez-vous ?

La plaque dentaire n’est rien d’autre qu’un biofilm. Et le dentifrice un savon.
Cependant, dans ce cas là, le savon n’est pas vraiment efficace, seul l’action mécanique du brossage arrache le biofilm ! Cependant ça ne marche bien que si on ne traîne pas trop, sinon, bonjour le tartre…
Comme on dit, si la violence ne résout rien c’est que tu tapes pas assez fort :D

Pour finir, un petit test pour les curieux :
essayez de faire mousser du savon sur vos mains pleines de craie :)

et une vidéo pour cloturer :

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